Ce que révèlent vraiment les œillets et leurs symboles oubliés

Les œillets, ces fleurs aux pétales finement ciselés et aux couleurs éclatantes, portent en eux des récits et des symboles que le temps a parfois relégués à l’arrière-plan. Depuis les premiers récits antiques, ils ont accompagné les émotions humaines et marqué de nombreux épisodes historiques. En France, par exemple, l’œillet rouge s’est imposé au XIXe siècle comme l’emblème des combats socialistes et ouvriers, dépassant largement la simple décoration florale.

À travers le monde, l’œillet n’a jamais cessé de changer de visage. En Espagne, il incarne l’amour passionné, figure imposée des fêtes et des danses. Au Japon, la même fleur devient messagère d’admiration et de gratitude. Ces multiples facettes ne doivent rien au hasard : elles illustrent la place singulière que l’œillet occupe dans la mémoire collective, bien au-delà de son aspect décoratif.

Origines et histoire de l’œillet

Connu sous le nom scientifique de Dianthus, l’œillet prend racine autour du bassin méditerranéen, avec des traces qui remontent à la Grèce antique. Le mot même, ‘Dianthus’, signifie ‘fleur des dieux’ : difficile de faire plus flatteur pour une plante. Répertorié dès l’Antiquité, l’œillet n’a jamais cessé de circuler, s’enrichissant de symboliques au fil des époques.

Un détour par l’histoire s’impose : c’est Christophe Colomb qui, au fil de ses explorations, facilite sa diffusion en Europe. Rapidement, les cours royales s’arrachent cette fleur, qui s’impose dans les jardins comme dans les serres. Au sein des Caryophyllacées, le Dianthus caryophyllus devient vite le préféré des fleuristes, mais il partage la scène avec d’autres variétés notables :

  • Dianthus chinensis
  • Dianthus plumarius
  • Dianthus gratianopolitanus
  • Dianthus barbatus
  • Dianthus arenarius

Le Moyen Âge marque un moment charnière : l’œillet se pare alors de vertus de fidélité et de pureté, orne les autels et s’invite dans les enluminures. Plus tard, au XIXe siècle, l’œillet rouge s’impose comme le drapeau des luttes ouvrières, surtout lors des premiers défilés du Premier Mai.

La Révolution française et les guerres mondiales confèrent à l’œillet une fonction presque clandestine. Les résistants français choisissent l’œillet rouge comme signe de ralliement. Aux États-Unis, dans l’Ohio, la même fleur devient souvenir vivant du président William McKinley, assassiné alors qu’il la portait à la boutonnière.

L’œillet s’invite aussi dans la littérature et la culture populaire. Impossible de passer à côté de figures comme Molière ou Oscar Wilde : chacun à leur manière, ils ont adopté l’œillet, lui conférant une symbolique dense et parfois subversive.

Symbolique des œillets selon les couleurs

Si chaque œillet raconte une histoire, sa couleur affine le message. Voici comment ces nuances dessinent des codes précis :

  • Œillet rouge : Porteur de passion, il incarne l’amour fou et ardent. Mais il s’est aussi fait drapeau des mouvements sociaux, comme lors de la Révolution des Œillets au Portugal en 1974.
  • Œillet blanc : Synonyme de pureté et de fidélité, il ornait autrefois les autels et les cérémonies de mariage au Moyen Âge.
  • Œillet rose : Signe d’affection maternelle et de reconnaissance, il demeure un classique des bouquets offerts pour la fête des Mères.

Couleurs moins connues : jaune, vert et violet

  • Œillet jaune : Il évoque la déception, voire le rejet. Difficile de l’imaginer dans les bouquets traditionnels, mais il trouve sa place dans certaines créations contemporaines.
  • Œillet vert : Symbole de reconnaissance et d’appartenance à la communauté LGBT, il est aussi associé à Oscar Wilde, qui le portait en signe d’affirmation et de défi.
  • Œillet violet : Cette couleur véhicule des sentiments plus ambivalents : mélancolie, caprice, parfois deuil. Rare, mais puissante là où elle s’invite.

Les couleurs des œillets révèlent ainsi une palette d’émotions et d’engagements, bien loin de la simple ornementation florale. De la passion la plus vive à la reconnaissance discrète, chaque teinte tisse sa propre histoire.

Les œillets dans la culture et les légendes

Au fil des siècles, les œillets n’ont cessé de marquer la culture et d’accompagner les grands bouleversements. Prenons le cas de la Révolution des Œillets au Portugal, en 1974 : à Lisbonne, des mains anonymes glissent des œillets rouges dans les canons des fusils. Le geste devient symbole de liberté retrouvée, d’un renversement sans violence.

En France, l’œillet rouge s’affiche aussi comme marque de résistance, notamment durant la Révolution française. L’histoire de Marie-Antoinette, enfermée à la Conciergerie, croise elle aussi la route de cette fleur ; un œillet aurait servi de code secret lors d’une tentative d’évasion orchestrée par Alexandre Joseph Gonsse de Rougeville. Preuve que la fleur sait aussi se faire messagère clandestine.

Oscar Wilde, figure incontournable de la littérature britannique, choisit l’œillet vert pour affirmer son identité et sa différence, faisant de cette fleur le symbole d’une communauté en quête de reconnaissance. L’Espagne, elle, en fait sa fleur fétiche, tandis qu’aux États-Unis, l’Ohio en a fait un emblème officiel, en hommage à William McKinley, président tombé sous les balles alors qu’il arborait un œillet rouge.

Même les planches de théâtre ne sont pas épargnées. Molière, lors de sa toute dernière représentation, portait un œillet. Aujourd’hui, la Société Canadienne de la Sclérose en Plaques s’appuie également sur cette fleur pour incarner le combat contre la maladie, preuve supplémentaire de l’adaptabilité symbolique de l’œillet.

En filigrane, l’histoire des œillets trace celle des révoltes, des amours cachés, des combats collectifs et des messages secrets. Fleur de défi, d’attachement ou de transmission, l’œillet continue de circuler, prêt à être redécouvert, porté ou offert. Qui sait quel message il portera lors de votre prochain bouquet ?

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