Réussir la vente d’une cigarette électronique en toute légalité

Les détaillants en ligne qui distribuent des cigarettes électroniques aromatisées voient leur horizon se rétrécir : la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis resserre encore la vis réglementaire.

Jeudi, la FDA a annoncé qu’elle chargeait le Center for Tobacco Products de renforcer sa politique de conformité avec des « pratiques accrues » en matière de vérification de l’âge pour la vente en ligne de cigarettes électroniques et produits de vaporisation aromatisés. Seules exceptions : les saveurs tabac, menthe et menthol, toujours tolérées.

Ce durcissement vise un objectif explicite : rendre la nicotine moins accessible, et moins séduisante, aux enfants et adolescents. Scott Gottlieb, commissaire de la FDA, l’a dit sans ambages. Depuis des mois, l’agence tire la sonnette d’alarme sur la popularité croissante de la vape chez les collégiens et lycéens. Le message est clair : les règles changent, et vite.

« Les données sont sans appel : rompre le cercle vicieux de la dépendance commence par barrer la route à la nicotine chez les jeunes », martèle Gottlieb. Derrière ce principe, une réalité : même sans tabac, la majorité des e-cigarettes contiennent de la nicotine, substance hautement addictive qui entrave le développement du cerveau. Si la législation varie selon les États, un point fait consensus : vendre une cigarette électronique à un mineur s’expose à des sanctions.

Ce que la nouvelle politique de la FDA change pour les vendeurs en ligne

Jusqu’au 15 novembre, un simple clic sur une case d’âge suffisait souvent à acheter n’importe quelle saveur de cigarette électronique. La vérification était surtout symbolique. Désormais, tout détaillant qui souhaite vendre des arômes autres que menthe, menthol ou tabac doit mettre en place des contrôles renforcés. La FDA n’a pas encore précisé la forme exacte de ces mesures, mais promet de publier rapidement des « meilleures pratiques » pour orienter les marchands.

Le calendrier s’annonce serré. Impossible de vendre une vape aromatisée sans vérification d’âge poussée ni dossier de demande préalable auprès de la FDA. Une fois la demande de mise sur le marché acceptée, ou le contrôle d’âge amélioré et validé, les ventes peuvent reprendre. Mais pas avant.

Pourquoi cette sévérité ? Tout simplement parce que les saveurs sucrées et fruitées séduisent massivement les plus jeunes. Selon la FDA et les CDC, plus des deux tiers des vapoteurs âgés de 12 à 17 ans choisissent un e-liquide aromatisé, et 20 % optent pour la menthe ou le menthol. Chez les adultes, la menthe ou le menthol n’attirent « que » 41 % des utilisateurs de cigarettes électroniques.

Ce que pensent les fabricants et vendeurs de la régulation et des contrôles en ligne

Du côté des industriels, le discours se veut constructif. Juul Labs Inc., acteur dominant du marché américain selon les CDC, affiche un objectif commun avec la FDA : éviter que la jeunesse ne tombe dans la dépendance à la nicotine.

Kevin Burns, PDG de Juul, défend sa stratégie : « Nous avons lancé des arômes comme mangue, fruits, crème ou concombre pour aider les fumeurs adultes à tourner la page de la cigarette classique. Nous refusons de proposer des goûts comme Gummy Bear ou Cotton Candy, qui visent clairement les plus jeunes. »

Concrètement, Juul peut continuer à vendre en ligne parce qu’il a musclé ses contrôles : nom, date de naissance, adresse et quatre derniers chiffres du numéro de sécurité sociale sont exigés à chaque commande sur Juul.com. Ces informations sont ensuite croisées avec des dossiers publics pour vérifier la majorité de l’acheteur.

La société va plus loin : authentification à deux facteurs via SMS, et bientôt, exigence d’une photo prise en direct pour comparer le visage de l’acheteur à sa pièce d’identité. Une procédure qui rappelle celles des banques en ligne les plus strictes.

Chez Vape Wild, la tonalité est similaire. Lacey Krusmark, du service client, estime que le durcissement de la FDA constitue une avancée positive pour limiter l’accès des mineurs. Vape Wild, 943e du classement Internet Retailer 2018, réalise 87,6 % de ses ventes sur des saveurs autres que tabac, menthe ou menthol, mais se dit confiant dans la solidité de son système de contrôle d’âge. Le site s’appuie sur iDology Inc., prestataire spécialisé : si la vérification via dossiers publics échoue, une pièce d’identité (permis, passeport) est exigée.

L’entreprise attend la publication des « meilleures pratiques » pour s’adapter, mais promet de respecter toutes les nouvelles exigences dans les délais annoncés. « Notre procédure de vérification de l’âge est conçue pour empêcher tout achat par un mineur. Comme la FDA et les parents, nous refusons que nos produits tombent entre des mains trop jeunes », insiste Krusmark.

Autre acteur, Vaping.com, dont 90 % des ventes reposent sur des e-liquides aromatisés, se montre serein. Neil Mclaren, co-fondateur, assure que le site dispose déjà d’un contrôle d’identité robuste et n’anticipe pas d’impact majeur sur son activité.

Mclaren reconnaît que la mise en place initiale a été complexe, mais il en est convaincu : l’avenir des ventes responsables passe par la vérification de l’identité numérique.

La vape séduit de plus en plus la jeunesse américaine

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’après les données des CDC, la proportion de lycéens utilisateurs de cigarettes électroniques a bondi de 78 % en 2018 par rapport à l’année précédente. Plus d’un jeune vapoteur sur quatre au lycée déclare avoir consommé une e-cigarette au moins 20 jours sur le dernier mois. Cela représente 3,05 millions d’élèves, soit plus d’un sur cinq.

Au collège, la progression atteint 48 % en un an, avec 570 000 élèves concernés (4,9 % de la tranche d’âge). Au total, près de 3,6 millions d’enfants et adolescents américains vapotent aujourd’hui.

L’étude sur l’évaluation démographique du tabac et de la santé le confirme : un jeune qui commence par un produit du tabac aromatisé a davantage de risques de devenir consommateur régulier que celui qui commence par un produit non aromatisé.

Autre constat : la consommation totale de tabac a progressé de 38 % chez les lycéens sur un an, atteignant désormais 27,1 % des élèves, et de 29 % pour l’ensemble des collégiens, soit 7,2 % de cette population. La tendance inverse plusieurs années de baisse continue.

Scott Gottlieb ne mâche pas ses mots : « Je refuse de voir toute une génération s’enchaîner à la nicotine à cause des cigarettes électroniques. Nous ne laisserons pas ce vivier de futurs fumeurs et de drames sanitaires se développer. Toutes les mesures nécessaires seront prises pour inverser la courbe. »

La bataille du contrôle de l’âge ne fait que commencer, mais le signal est lancé. La vente en ligne de cigarettes électroniques va devoir s’inventer, entre innovation technique et responsabilité collective. Pour les commerçants, le jeu se joue désormais à guichet fermé : qui saura concilier business et conscience ?

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