En 1932, alors que la Catalogne vit au rythme des tensions politiques et des espoirs de modernité, le Dictionnaire général de la langue catalane pose un jalon décisif. Pompeu Fabra, figure implacable du renouveau linguistique, orchestre cette œuvre à une époque où le catalan se fragmente encore selon les accents des vallées et des faubourgs.
Pompeu Fabra et la naissance d’un dictionnaire fondateur pour la langue catalane
Au cœur de Barcelone, le projet de normalisation linguistique change brutalement de dimension au début du XXe siècle. Pompeu Fabra, d’abord chimiste, se révèle stratège de la langue catalane et chef d’orchestre de sa modernisation. Il élabore une méthode précise, inflexible, qui aboutira à la Gramàtica catalana. Ce travail patient culmine avec la publication du Diccionari general de la llengua catalana en 1932, sous le patronage de l’Institut d’Estudis Catalans. L’ambition est claire : s’adresser à tous les pays catalans, des sommets d’Andorre aux rives de Valence.
Bien plus qu’une compilation, le Diccionari general impose des choix radicaux en matière d’orthographe, de syntaxe, d’usages. Rapidement, il s’impose dans l’enseignement, l’administration, les médias. Ce mouvement de normalisation linguistique devient l’un des socles de l’identité catalane, alors que la Catalogne rêve d’autonomie et traverse la tempête de la guerre civile avant de subir la chape du franquisme.
Les universités, qu’il s’agisse de l’Université de Barcelone ou, plus tard, de l’Université Pompeu Fabra, jouent un rôle moteur dans la transmission de ce legs. Même sous la censure et la clandestinité imposées par la dictature, la langue catalane codifiée s’ancre dans l’espace public.
Voici quelques repères pour mesurer l’influence de cette institution :
- Institut d’Estudis Catalans : point d’ancrage scientifique et culturel pour la langue
- Diccionari general de la llengua catalana : la boussole partagée par générations d’usagers
- Héritage linguistique : fil de transmission et force de résistance à travers le temps
L’impact de cette aventure lexicographique se fait sentir à tous les niveaux de la société catalane. Du débat universitaire à la conversation du quotidien, le dictionnaire de Fabra continue d’alimenter le dialogue entre mémoire collective et désir d’émancipation.
Quand la culture populaire catalane s’empare du dictionnaire : littérature, arts et mémoire vivante
Le nom des Pompeu trace une ligne continue à travers la culture catalane, un fil tendu entre générations et disciplines. Dans le domaine littéraire, la langue façonnée par Fabra irrigue les romans de Mercè Rodoreda, les récits de Narcís Oller, la poésie de Joan Vinyoli. Chacun, à sa façon, fait de la langue catalane un lieu de mémoire active, un rempart contre l’oubli. Les jeux floraux de Barcelone, concours poétique historique, illustrent cette force : ils maintiennent la langue sur le devant de la scène, la rendent vivante et audible.
Du côté des arts catalans, la marque de la normalisation linguistique est tout aussi présente. Antoni Tàpies et Antoni Gaudí s’inscrivent dans une histoire commune, tissant leurs œuvres dans la matière d’un imaginaire partagé. Les créations picturales, architecturales, musicales, pensons à Pau Casals, sont autant de réponses à un patrimoine collectif. D’autres noms émergent, comme Josep Puig i Cadafalch ou Salvador Puig Antich, porteurs d’un engagement qui façonne la mémoire et l’identité.
La revue, la radio Ona et les initiatives collectives poursuivent ce mouvement. Les Catalans, de Valence à Barcelone, de Paris à Madrid, tissent un réseau où la langue, le récit et la création se conjuguent. Dans les années 1960, le collectif musical Els Setze Jutges ravive l’héritage, tandis que la diaspora catalane, de France au Portugal, continue d’insuffler une énergie nouvelle. Cette circulation permanente entre histoire et invention façonne un espace catalan en perpétuelle transformation.


